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Chacun a pu écouter, lire et voir le président des Etats-Unis lors de ses visites au Proche-Orient et en Europe, notamment en France pour le commémoration du Débarquement allié.
On reste quelque peu frappé de stupeur tant par sa présence, sa gestuelle, son éloquence très dans le style rhéteur, prédicateur en chaire, que par le contenu de ses déclarations, émaillées en permanence de références à Dieu et aux religions, mais où jamais la raison n’intervient.
Ainsi lance-t-il « Je suis chrétien », ou désigne-t-il le Caire comme « ville éternelle », ou encore cite-t-il la Bible, le Coran et le Talmud pour annoncer enfin que « les peuples du monde peuvent vivre ensemble en paix, nous savons que c’est la vision de Dieu. »
Pour nous républicains laïques ce jargon est insupportable et on comprend mieux l’énorme trésor de liberté que les républicains français de 1905 nous ont légué en classant définitivement les religions comme affaire privée par rapport à l’ Etat.
Mais l’inquiétude demeure car une fois encore cette loi risque d’être remise en question. Il n’est qu’à voir l’attitude d’acquiescement du président Sarkozy lorsque son « ami le président Obama » précisa sa façon de voir les relations entre religion et Etat : « De manière générale je considère que la manière la plus efficace de s’y prendre pour intégrer les gens de toutes les religions, c’est de ne pas réprimer leurs traditions et leurs coutumes, mais plutôt de leur donner la possibilité de participer de manière pleine et entière à la vie du pays. » Opinion qu’il avait déjà annoncée au Caire en exigeant « des occidentaux qu’ils évitent d’empêcher leurs citoyens musulmans de pratiquer leur religion comment ils l’entendent – par exemple en dictant la manière dont une musulmane doit s’habiller. On ne peut pas déguiser l’hostilité à l’égard d'une religion sous le couvert du libéralisme. »
L’observation à faire de la part du chef de l’ Etat français eût été de préciser aussitôt que dans son pays on n’empêche nul croyant de pratiquer sa religion ni de s’habiller comme il le désire, mais que cela a une limite fixée par les lois du 9 décembre 1905 et du 15 mars 2004. Ce qu’il n’a pas fait ; une fois encore il a failli à sa fonction.
C’est pourquoi il nous appartient de prendre toute initiative pour mettre en garde quiconque, de quelque manière que ce soit, tenterait de porter atteinte à cette liberté qui est la base de toute coexistence.
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Article paru le 11 mai 2009 dans le journal L'Humanité ( Extrait )
Henri Pena-Ruiz : « la laïcité ne peut se dissocier de la justice sociale »
Le philosophe estime que la laïcité est un idéal d’émancipation universel. Son combat acharné pour une République sociale et laïque le conduit à soutenir le Front de gauche pour le 7 juin.
Vous êtes régulièrement invité à vous exprimer sur la laïcité dans des rencontres publiques. Ce sujet continue-t-il à intéresser, à passionner les citoyens ?
Henri Pena-Ruiz. Depuis 2005, date de la célébration du centenaire de loi de séparation de l’Église et de l’État, les débats sont récurrents sur ce sujet. Il refait surface avec le retour en force des fanatismes politico-religieux dans le monde, bien que certains estiment que ce débat appartient à la IIIe République et serait donc dépassé. En fait, la laïcité a souffert du fait qu’elle semblait acquise, comme l’est l’école publique. Tout le monde savait plus ou moins de quoi il s’agissait, sans pour autant qu’elle soit explicitée. Au point qu’elle fut parfois amalgamée à l’hostilité envers les religions, ce qui est évidemment le principal contresens à éviter. Ne confondons pas les luttes historiques nécessaires à l’avènement d’un idéal et le sens profond de cet idéal. La laïcité ne combat pas la conviction religieuse elle-même, mais le fait qu’elle soit érigée en référence obligatoire.
Pourquoi les débats sur la laïcité reviennent-ils sur le devant de la scène ?
Henri Pena-Ruiz.Nous vivons une époque paradoxale : jamais notre monde n’a disposé d’autant de moyens d’accomplissement universel sur le plan scientifique et technique. Les moyens existent pour nourrir toute la population du globe et lui permettre de vivre décemment. Or la figure du capitalisme mondialisé est productrice de chômage, de déshérence, de désespérance. Avec l’échec des alternatives à ce système, les citoyens considèrent que nous sommes dans une impasse face à ce capitalisme qui se prétend indépassable. Dans ce contexte ressurgit un besoin de religiosité, un besoin de compensation. Les fanatismes politico-religieux en tirent profit.
L’emprise du religieux sur le politique a-t-elle pris une nouvelle dimension en Europe ?
Henri Pena-Ruiz. L’exemple thatchérien est assez éloquent sur la façon dont les capitalistes entendent gérer le désastre causé par leurs politiques. Mme Thatcher a méthodiquement brisé le prolétariat britannique et les grandes conquêtes de la classe ouvrière. Elle a désimpliqué l’État de ses missions sociales, surtout dans les banlieues. Simultanément, elle a encouragé les associations religieuses de quartiers à prendre le relais de l’État. Elle a réactivé le religieux sur le mode caritatif, remplaçant ainsi la justice sociale par la charité.
Le religieux reprend du poil de la bête, sur le mode d’une nouvelle revendication de reconnaissance publique. Quand Nicolas Sarkozy encourage les religieux à rétablir la paix dans les banlieues, il reprend le couplage thatchérien entre un monde inhumain livré à l’ultralibéralisme et la compensation caritative.
Vous estimez, en tant que marxiste, que la laïcité et l’égalité sont les leviers de l’émancipation. Ils ne peuvent donc pas, selon vous, se concevoir séparément ?
Henri Pena-Ruiz. Je n’ai jamais dissocié la laïcité comme idéal politique de la justice sociale comme idéal socio-économique. Je ne veux pas que la laïcité acquière le statut d’une référence purement abstraite laissant intacts les ressorts de l’exploitation, à l’image dcertaine conception des droits de l’homme. Marx montre que la liberté, celle du chômeur en fin de droits par exemple, est tellement encadrée par les contraintes socio-économiques qu’elle est finalement fictive. Je suis fidèle à la pensée de Marx sur ce point. Je lutte pour la laïcité car j’ai conscience qu’elle est un levier pour l’émancipation. Mais je tiens à son indispensable couplage avec la justice sociale. Sans cette dernière, nous restons prisonniers des rapports socio-économiques. Il faut s'interroger sur la recherche, par certains, d’une sorte de fantasme d’affirmation identitaire. Cette recherche renvoie, fondamentalement, à une situation de détresse. Pour Marx, la religion peut servir d’opium du peuple, de supplément d’âme d’un monde sans âme. Sa conclusion est qu’il faut lutter non pas contre la religion, mais contre ce monde sans âme qui suscite le besoin de cette religion compensatoire.
Vous soutenez que la laïcité est un « idéal d’émancipation universel ». Qu’entendez-vous par là ?
Henri Pena-Ruiz. Je ne crois pas que la laïcité soit une particularité culturelle. La culture, au sens émancipateur, ce n’est pas la soumission servile à une tradition, mais la capacité d’assumer celle-ci de façon éclairée. Ce qui implique distance et recul critique. Pour être traditionnelle, la soumission de la femme à l’homme n’en est pas moins inacceptable. Cessons de penser que l’universel se construit par simple « métissage » de civilisations, sans égard pour ce qui est vrai et juste en chacune d’elles. L’universalité ne se pose pas en termes géographiques ou culturels. Tout peuple devrait vivre selon les principes de la laïcité, qui sont la liberté de conscience, l’égalité de traitement de tous les citoyens quelles que soient leurs convictions spirituelles, et l’action universelle de la puissance publique. Liberté authentique, fondée sur l’autonomie de jugement, égalité des droits, rendue crédible par la justice sociale et internationale, se conjugueraient alors grâce à l’émancipation laïque des sociétés comme des personnes. Un tel idéal n’est le produit d’aucune civilisation particulière.
En quoi la laïcité est-elle un levier pour la liberté des femmes, notamment dans les pays où le poids de la religion pèse lourdement ?
Henri Pena-Ruiz. Les trois livres, la Torah, la Bible et le Coran, sont tous d’accord pour inférioriser les femmes. Les trois ont intériorisé la domination masculine propre aux sociétés patriarcales de l’époque. Quoique théoriquement inspirées par Dieu, les trois religions monothéistes codifient la hiérarchie des sexes et la sacralisent. De deux choses l’une : ou bien ces références religieuses oppressives doivent être relativisées par l’évocation du contexte historique et social qui les a déterminées ; ou bien on décide de considérer que de tels textes doivent s’appliquer aujourd’hui sans égard à leur contexte d’origine. De ce point de vue, la laïcité est très précieuse. Elle ne combat pas la foi mais le processus qui consiste à dicter la loi à partir de la foi. Elle affirme qu’une religion historiquement déterminée n’a aucune légitimité à dicter la loi commune. En ce sens, la laïcité est un levier pour l’émancipation féminine.
Mise à jour du site avec un nouveau look, mais surtout une nouvelle version du code qui existait depuis 2005.
En espérant que vous ne serez pas trop perturbé devant cette nouvelle interface
Pour ceux qui souhaite en savoir plus, ce site à été créé en 2005 grace à la communauté d'informaticien qui ont créés PwsPHP.
PwsPHP trouve depuis quelques temps déjà sa continuité dans une nouvelle équipe qui a créé KwsPHP et ils peuvent être remerciés pour l'aide qu'il m'ont apportés pour effectuer cette transition.
voir ici-->http://www.kwsphp.org/ Nous avons aussi changé d'hébergeur en passant de chez Free à 1and1, merci à Free de nous avoir hébergé gratuitement depuis 2005. Le passage chez 1and1 nous garanti une plus grande sécurité de fonctionnement et un service meilleurs (normal car payant)
En cas de mauvais fonctionnement ou si des articles ont disparus merci de me le signaler en me postant un message sur le site.
Pour les encouragements ou les commentaires sympa vous pouvez utiliser le livre d'or!
En avant-première de ce qui nous est annoncé comme un « chef-d’œuvre », « une série magistrale » consacrée à L’Apocalypse , dernier texte du Nouveau Testament, diffusé par Arte dont la question – cruciale pour notre avenir ! – serait enfin de savoir s’il y a quelque chose de commun entre le juif crucifié et le Christ de l’Eglise catholique,
nous vous proposons de lire– ou relire – avec beaucoup d’intérêt et d’attention ce que disait en 1883 Friedrich Engels de ce texte, dans une analyse aussi documentée ( si l’on tient compte qu’il n’y a pas eu de révélations fracassantes depuis cette date ) que celle des « meilleurs chercheurs du monde » d’aujourd’hui.
Diantre ! Mais qu’apprend-on ? Qu’en Bretagne profonde l’intolérance religieuse est toujours vivace et même agissante ; en effet, une jeune femme a été, semble-t-il, victime d’une tentative d’assassinat à Lannion, au seul grief que celui d’être athée.
Il faut dire que l’Etat , avec son chef à la barre, s’efforce autant qu’il le peut de raviver la foi des catholiques et leur espoir de retrouver une place dans la société en brandissant les valeurs chrétiennes à tous vents ; le non-respect du principe de laïcité en est l’illustration parfaite : ainsi la diffusion, en pleine semaine, par une chaîne publique, au mépris du Cahier des charges, de l’allocution du pape le 12 septembre dernier au collège des Bernardins à Paris ; ou encore, ce même jour, les propos trop complimenteurs adressés à ce même pape par le président de la République : « C’est un honneur pour le gouvernement français…pour ma famille et pour moi-même, de vous accueillir aujourd’hui au Palais de l’Elysée. », sans parler de l’inacceptable Rapport Machelon sur Les relations des cultes avec les pouvoirs publics, ou comment contourner frauduleusement la loi de 1905 ! et peut-être demain l’accueil du dalaÏ-lama ce monarque déchu toujours en nostalgie d’instaurer sa dictature théocratique au Tibet.
Cette politique de complaisance envers les religions, ne peut que susciter des débordements de prosélytisme tout à fait néfastes dans une société déjà fortement minée par les communautarismes.
Si ces faits de chasse à l’athée, survenus dans une région où effectivement l’abondance de symboles rappelle intensément la présence de la religion, s’avèrent exacts, la justice devra bien entendu intervenir pour châtier les coupables.
Mais il y a fort à parier que tout cela repose d’abord, en toile de fond, sur les difficultés de la vie un peu plus dégradantes et humiliantes chaque jour ; et où se nourrir, se loger, s’habiller, se soigner est devenu une problématique obsédante pour beaucoup de nos concitoyens, pouvant malheureusement entraîner des comportements exacerbés en deçà de toute raison : délires verbaux, gestes incontrôlés ; chacun envoyant au visage de l’autre la représentation négative de son identité, religieuse, raciale ou autre.
Car, et cela l’histoire l’a déjà montré, c’est bien souvent à l’occasion de ces moments de crise économique, de désarroi social, de chômage, de précarité que croît et se développe le fanatisme religieux et son corollaire, l’intolérance.
Le Monde des Religions, Septembre-Octobre 2008, N° 31, p. 68.
Pas d'auteur ( sinon un étrange " Athéisme International " ) pour cette anthologie de textes ( fondamentaux ou plus légers ) de la pensée matérialiste athée...
On regrette les assimilations hâtives ( Galilée, Voltaire ou Spinoza étaient-ils athées ? ), mais au fil des pages, on trouve quelques pépites : Xénophane de Colophon, Marx, bien sûr, le Dialogue de Diderot et de la Maréchale, Feuerbach, etc.
Nous sommes très honorés que Le Monde des Religions ait réservé à notre anthologie une place dans ses colonnes, quand on sait la qualité de ses écrits sur le sujet. On regrettera cependant la lecture quelque peu hâtive de son rédacteur.
D’abord L’opium du peuple n’est pas anonyme, mais le fruit d’un collectif, l’association Athéisme International, nullement étrange puisque régie par la loi de 1901, signalée dès l’ouverture du livre ; ensuite pour ce type d’ouvrage, qui se rapproche d’un manuel, l’Index ( auteurs et documents ) nous a paru mieux approprié qu’une Table ; enfin dans la Présentation il est bien précisé que les auteurs cités ne sont pas tous des humanistes athées ; notre souci, bien au contraire, a été de rendre compte que la critique de la croyance en Dieu, et de son support, les religions, a toujours été présente dans l’histoire de l’humanité ; si bien que toute assimilation sectaire à l’athéisme eût été contraire à notre démarche et d’un irrespect inconcevable. Galilée n’était pas athée ; ou peut-être faisait-il semblant de ne pas l’être ; comme il fit semblant d’abjurer pour mieux continuer à écrire ses observations du ciel et pour sauver sa peau ; tout comme Spinoza, excommunié et fuyant la doctrine des rabbins parce qu’il pensait qu’aucun homme de bon sens ne pouvait l’admettre, et tenu de composer son Traité théologico-politique pour démentir ceux qui l’accusaient d’être athée.
La France républicaine a écarté définitivement les religions de toute intervention dans les affaires de l’Etat en promulguant le 9 décembre 1905 la loi définissant le principe de laïcité de l’Etat inscrit désormais dans la Constitution.
Il a fallu la dictature de Pétain en juillet 1940 et sa collaboration avec l’Allemagne nazi, pour redonner du pouvoir à l’Eglise en fermant les Ecoles Normales d’Instituteurs et lui offrant ainsi la main mise sur l’enseignement.
Aujourd’hui la situation est à nouveau très grave.
En accueillant le pape comme un chef d’Etat, alors qu’il est seulement le pasteur de l’Eglise catholique, Nicolas Sarkozy enfreint à nouveau la loi de la République ; comme il l’avait fait en se rendant lui-même à Rome où il tint des propos inacceptables sur le principe de la loi de 1905 et se fit nommer chanoine.
En renouant ainsi des relations avec l’Eglise, le président de la République a failli à sa fonction qui est précisément de veiller au respect de la Constitution.
Il appartient donc à tous les républicains, et en premier lieu aux élus, d’en tirer toutes les conséquences au plus tôt.
Cette anthologie « pour une lecture matérialiste du fait religieux » réalisée par l'association Athéisme International, parcourt l'histoire de la philosophie, tout en faisant place à des textes plus littéraires, poétiques (Rimbaud, Prévert, Heine...), ou encore juridiques, avec la loi de 1905 sur la laïcité. L'ouvrage commence avec les philosophes grecs, Epicure montrant que « l'äme est un corps ». Il s'achève par un texte du poète Saint-John Perse, représentatif de sa quête d'un « universel humanisme ».
L'un des intérêts de cette somme est d'ailleurs de stimuler le débat sur l'humanisme, la religion pouvant être définie comme relation de l'homme à son essence « comme un autre être » (Feuerbach). Un ouvrage utile dans le combat contre les communautarismes religieux, si l'on veut bien comprendre, avec Marx, que la religion est aussi, et peut-être d'abord, « soupir de la créature opprimée »
L.E.
Article intitulé Propos sur la religion paru le 14 juin 2008 dans le journal l'Humanité
extrait de l'article paru
le 12 avril 2008 dans le journal l'Humanité
L’étrange modèle tibétain de théocratie
Par Jean-Luc Mélenchon, sénateur (PS).
Toute critique du gouvernement chinois a-t-elle pour préalable l’adhésion au projet théocratique du dalaï-lama ? C’est à cette impasse que conduit l’opération d’agitation et de conditionnement médiatiques lancée par les partisans du boycott des jeux Olympiques de Pékin...Il y aurait une solidarité obligatoire et inconditionnelle avec la fraction indépendantiste et religieuse des Tibétains. On admet, sans y réfléchir davantage, d’amputer la Chine du quart de son territoire. On doit approuver le régime moyenâgeux des moines tibétains et de leur roi en exil, le 14e dalaï-lama. On reconnaît à celui-ci l’extravagante qualité de dieu vivant et le pouvoir politique absolu sur le peuple tibétain. On assume sa prétention grotesque à choisir avec son haut clergé la personne dans laquelle il affirme se réincarner ? À toutes ces sottises s’ajouterait la négation de l’histoire qui lie le Tibet à la Chine depuis le XIVe siècle ! On devrait oublier que la revendication indépendantiste a été suscitée au XXe siècle par les puissances occidentales en pleine période impérialiste, Royaume-Uni puis États-Unis, pour dépecer la Chine. Il faudrait ignorer que ce que l’on appelle la « répression chinoise de 1959 » a été une réponse à l’insurrection des moines tibétains contre l’abolition du servage et des droits et codes féodaux. Codes en vertu desquels le prix de différentes catégories d’êtres humains était hiérarchisé et donnaient aux maîtres des monastères droit de vie et de mort sur leurs serfs. Il faudrait s’indigner de la répression policière des manifestations à Lhassa, mais oublier qu’elles ont commencé par un pogrom contre des commerçants chinois. Oublier sans un mot de compassion qu’ils ont été tués à coups de bâton et brûlés dans leurs magasins avec leurs familles par ceux qui se réclament du dalaï-lama. Il faudrait accepter de parler de « génocide » pour désigner une population tibétaine qui a plus que doublé depuis les années cinquante ! Il faudrait s’incliner devant la prétendue identité religieuse des Tibétains au moment où ces populations entrent dans le processus de déconfessionnalisation que partagent toutes les sociétés en développement. Il faudrait fermer les yeux sur le drôle de visage de la société conforme aux « traditions » et à l’« identité tibétaine » que défend le clergé tibétain : condamnation de l’avortement et de l’homosexualité, jugée contre nature par le dalaï-lama lui-même, refus des mariages mixtes Tibétains-Chinois, considérés comme impurs, recrutement dès leur plus jeune âge d’enfants par les monastères… Sans parler de la récente campagne contre le chemin de fer entre Pékin et Lhassa, avec des arguments qui rappellent le XIXe siècle et la condamnation du chemin de fer par le pape Grégoire XVI, qui y voyait un moyen diabolique de diffuser des idées nouvelles et de bouleverser la tradition religieuse. Comment peut-on se réclamer des droits universels de l’homme et commencer par la négation au Tibet de la séparation du religieux et du politique ?