FETE DE L’HUMANITE
Parc de LA COURNEUVE
10/11//12 septembre 2010
Notre ouvrage
L’OPIUM DU PEUPLE Anthologie pour une lecture matérialiste
du fait religieux
sera en vente au stand du
TEMPS DES CERISES dans le VILLAGE DU LIVRE
Chez notre éditeur, Le Temps des Cerises, à lire le nouveau roman de Roger BORDIER, L’Ombrelle.
Cet élégant objet féminin est le lien délicat mais aussi féroce que l’auteur a choisi pour décrire le destin de cinq générations de femmes du Paris de 1871 à celui de 1936, c’est-à-dire de la Commune au Front populaire.
Pour son roman, Les Blés, Roger BORDIER fut lauréat Renaudot en 1961.
L’Ombrelle, Roger Bordier, Le Temps des Cerises, 132p, 12euros.
LE TEMPS DES CERISES EDITEUR,
La laïcité a encore été bafouée en Île-de-France lors des dernières élections régionales, notre association a réagi aussitôt en adressant une lettre de protestation au Conseil d'Etat.
Comment expliquer la présence d'une liste de candidats soutenus par une association combattant une loi de la république et arborant très clairement ses références religieuses?
Comme on le voit ici, la démocratie et le respect des lois républicaines est un combat de tous les instants qu'il faut mener au quotidien.
Voici un extrait de cette lettre:
« Lors du premier tour de scrutin des Élections régionales en Île-de-France nous avons constaté la présence dans les bureaux de vote d’un bulletin de vote intitulé : « LA LISTE CHRETIENNE » présenté par le parti Solidarité et soutenu par A.M.E.N. qui signifie « Arrêtons le Massacre des Enfants à Naître », désignant une association anti-avortement.
Cette liste s’affiche ouvertement comme représentante de la religion chrétienne et l’atteste par l’iconographie sur le bulletin de vote du cœur de Jésus.
Si bien qu’au regard de la République française une telle démarche est irrecevable parce qu’anticonstitutionnelle ; en effet si la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 mentionne dans son article premier que la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, elle précise dans son article deux que la République ne reconnaît aucun culte ; c’est là le principe de laïcité de l’État en France, confirmé par l’article deux de la Constitution du 4 octobre 1958.
En outre la question se pose de savoir pourquoi cette liste était absente des panneaux électoraux et pourquoi elle n’était pas dans l’envoi aux électeurs des bulletins de vote par la préfecture. »
LETTRE AU CONSEIL D'ETAT
Après six mois de travaux la « Mission parlementaire d’Information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national », a rendu ce 26 janvier ses conclusions. Il s’agissait pour le gouvernement de trouver une réponse à ce nouvel accoutrement religieux sur lequel le président de la République s’était prononcé devant le Congrès réuni à Versailles en juin 2009 en affirmant : « Je veux le dire solennellement, la burqa n’est pas la bienvenue en France ».
Il semble que pour cette Mission, présidée par André Gérin, député communiste, la solution ne fut pas simple à trouver, entre les partisans d’une loi d’interdiction totale du port de la burqa et ceux qui penchaient plutôt pour un compromis : observation du principe de laïcité, oui, mais ce principe ne s’applique, selon les lois du 9 décembre 1905 et du 15 mars 2004, que dans les « services publics ». Quand il s’est agi de savoir si une loi devait s’étendre à l’espace public, c’est-à-dire partout ailleurs, hors chez soi, aucun accord n’a pu intervenir, tant l’aspect juridique serait complexe reposant sur l’idée d’une intervention, voire limitation, de la liberté d’opinion, ce qui ne relève pas du principe de laïcité.
D’autant que le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire précise que : « La religion musulmane doit avoir sa place dans l'espace public. Cet espace public n'est pas un lieu où les différences doivent s'effacer, mais le lieu où elles peuvent s'exprimer. La diversité des identités n'est pas un danger pour notre Nation républicaine : c’est, bien au contraire, l'uniformité qui la menacerait, faisant perdre aux individus leurs repères et suscitant ainsi la frustration.(16/12/2009)
Tue-Dieu ! Il n’empêche que la dissimulation du visage par ces femmes – mais s’agit-il toujours d’une femme ? Le doute est permis – interpelle, trouble, indispose, est insupportable ! Personne, sauf les faux-culs, et autres rabatteurs électoraux, ne peut soutenir le contraire.
Alors pourquoi chercher, justement à se voiler la face ?
Pour nous athées et respectueux du principe de laïcité, il n’y a pas à sourciller, nous sommes catégoriquement opposés à cet accoutrement dans l’espace public de la République parce qu’il est un signe religieux ostentatoire, arrogant et méprisant pour autrui dans le seul fait qu’il dissimule le visage de la personne qui le porte ; alors la personne n’est plus personne, elle est la négation de la personne ; elle n’est plus rien, une ombre, un fantôme. Le malaise est là : c’est l’expression de la déraison.
Il est vrai que depuis quelques années, on a perdu un peu la tête ; entre ceux qui ont lancé pour slogan que le XXIème siècle serait « spirituel » et ceux qui l’ont pris au sérieux pour remettre au jour la philosophie spéculative et dans les classes l’enseignement du fait religieux, il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui on en soit là : dans l’insensé, dans une reconnaissance déplorable de l’irrationnel…
S’il est jubilatoire, nul n’en disconviendra, de porter masque sur le visage pour fêter Carnaval, ou pour jouer la comédie, ou encore pour railler sur la voie publique, tel ou tel personnage public lors de manifestions, il n’en est pas de même dans le cas de la burqa.
Aussi, si le législateur veut intervenir efficacement, il y a urgence, il ne pourra le faire que dans le souci d’observation et de conservation de la raison dans les Institutions de la République, en ayant à l’esprit ce que disait Rousseau : « La raison n’est-elle pas le préservatif de l’intolérance et du fanatisme. »
D’aucuns s’insurgent – avec raison – en voyant des enfants mineures contraintes par leurs parents à porter le hijab, sorte de foulard islamique ; ce qu’on peut considérer en effet comme un non respect des droits de l’enfant, notamment dans sa liberté de conscience au regard de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (ONU, 1989)qui précise dans son article 14 : 1. Les États parties respectent le droit de l'enfant à la liberté de pensée, de conscience et de religion. 2. Les États parties respectent le droit et le devoir des parents ou, le cas échéant, des représentants légaux de l'enfant, de guider celui-ci dans l'exercice du droit susmentionné d'une manière qui corresponde au développement de ses capacités. Bien sûr les parents sont responsables de l’éducation de leurs enfants jusqu’à la majorité et comme croyants eux-mêmes ils transmettent ce qu’ils pensent être un bien nécessaire ; il n’empêche qu’il s’agit bien là de l’imposition d’une pratique dont l’enfant n’est pas en état d’en comprendre la signification, et que par conséquent il y a bel et bien manipulation de sa pensée. Il faut espérer qu’avec l’insertion dans le monde de l’adulte et avec l’acquisition des connaissances, surtout dans l’approche critique du religieux, ces enfants sauront s’émanciper et quitter ces oripeaux.
Et que dire alors du baptême, ce rite infligé à l’enfant encore vagissant dans ses langes pour en faire un « enfant de Dieu et de l’Eglise » ; cet acte pratiqué à son insu peut être assimilé purement et simplement à un viol de conscience. Et la plupart du temps dans ce milieu-là suivent ensuite les « Communions »,en aube blanche et brassards immaculés, avant l’âge de la majorité une fois encore, dictées par la catéchèse. Parfois d’ailleurs, après avoir sacrifiés les droits de leurs enfants sur les fonts baptismaux, on retrouve ces mêmes parents vitupérant et fustigeant contre tous ceux qui sur la planète n’observent pas les droits de l’homme et du citoyen.
Heureusement dans bien des cas, l’enfant devenu adulte « ne résiste pas au charme de la raison » et rompt alors tout lien avec Dieu en se faisant débaptiser. Ceci a déjà été évoqué sur ce Site.
Mais que dire aussi de cet autre acte qui mutile l’enfant mâle en bas âge, de préférence dans les huit jours après sa naissance ; ceci dans l’obéissance absolue à Dieu qui souffla à l’oreille d’Abraham : « Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire ta race après toi : que tous vos mâles soient circoncis » (Gen.17,10)*. Une fois encore le droit « au développement physique, mental, spirituel, social ou moral de l’enfant », est bafoué et s’incline devant une pratique sectaire dégradante. Un jour peut-être quand il aura pris conscience de l’imposture religieuse et de la supercherie raciale, l’enfant devenu majeur s’éloignera de ces sujétions archaïques ; cependant il aura quelques difficultés à se débarrasser de ce traumatisme psychique comme, éventuellement, pour rétablir son intégrité physique.
Afin d’éviter ces endoctrinements désastreux pour l’épanouissement de leurs enfants, les parents croyants devraient observer, sinon la Convention Internationale des droits de l’enfant, du moins adopter une attitude laïque au sein de leur famille par rapport à leurs propres convictions spirituelles en n’imposant pas leur croyance, mais attendre que l’enfant majeur décide, en toute liberté de conscience, d’avoir une religion ou de ne pas en avoir.
*La Bible de Jérusalem, Paris, Ed. du Cerf, 1998, p.49
Ce 12 novembre 2009 , en La Chapelle en Vercors, prenant prétexte de ce haut lieu de résistance à l’occupant, le Président de la République a prononcé un long discours consacré pour l’essentiel à définir l’identité française. Pourquoi est-on Français ? S’il a fourni de nombreux éléments de réponse, il sera sans doute prudent de distinguer ceux qui relèvent du rôle du président de la République française, de ceux qui sembleraient relever plutôt des idées personnelles de Monsieur Nicolas Sarkozy sur le sujet.
Par exemple, en ce qui nous concerne, il a déclaré : « Pas un libre-penseur, pas un Franc-maçon, pas un athée qui ne se sente au fond de lui l’héritier de la Chrétienté qui a laissé tant de traces profondes dans la sensibilité française et dans la pensée… Regardons ce que la morale laïque des instituteurs de jadis doit à la morale chrétienne qu’on enseignait au catéchisme. » On laissera aux deux premiers de la liste le soin de juger par eux-mêmes ; mais quant à nous, nous pensons qu’il s’abuse lourdement en parlant à notre place, et en nous affublant d’un héritage que nous ne reconnaissons pas : les traces que nous gardons de l’histoire, la sensibilité philosophique qui est la nôtre, ou les pensées qui nous animent nous les devons entièrement à la raison seule et à l’étude matérialiste des faits comme l’ont fait avant nous les Descartes, Diderot, La Mettrie, d’Holbach ou Darwin; mais jamais nous n’avons fait appel à la Chrétienté dont la référence dans le domaine de la connaissance se situe dans l’obscurantisme de la théologie et dans les saintes Ecritures ; quant à la morale elle ne développe qu’intolérance, imposture, fanatisme, sujétion au dogme, charité. Tout cela, qui constitue son fondement nous le rejetons et le critiquons.
Nous ne partageons pas davantage son point de vue lorsqu’il s’évertue à associer les termes antinomiques que sont les Lumières et la Chrétienté, pour définir l’identité française : « On est Français parce que l’on regarde la Chrétienté et les Lumières comme deux versants d’une même civilisation dont on se sent l’héritier », tout en excluant, bien entendu « l’expérience sanglante de la Terreur ». Cependant on semble oublier que c’est au nom de cette même civilisation que la France a colonisé, sous la bannière du sabre et du goupillon, une grande partie de l’Afrique et de l’extrême Orient-on sait où cela a conduit ; qu’elle a été aussi livrée pieds et poings liés par de drôles de Français, dont Pétain était le chef, au « totalitarisme » hitlérien et qu’aujourd’hui encore elle mène une « expérience sanglante » en Afghanistan.
Même ambiguïté, dans les propos tenus sur le principe de laïcité. D’un côté il déclare : « La France est un pays où l’Eglise est séparée de l’Etat. La France est un pays où il n’y a pas de place pour la confusion du spirituel et du temporel », puis peu après il affirme : « Car la laïcité, et je veux le dire pour être bien compris, ce n’est pas le refus de toutes les religions. C’est le respect de toutes les croyances et la neutralité de l’Etat. » Bien que le terme " neutralité" soit dans la Constitution, L’Etat ne peut pas rester « neutre » par rapport aux religions, puisque depuis la loi de 1905 la France a pris parti, et que la République « ne reconnaît , ne salarie ni ne subventionne aucun culte » plaçant ainsi définitivement les religions dans le domaine de la vie privée par rapport à l’Etat. Il devra donc nécessairement prendre parti dans les cas - comme cela se produit régulièrement - de pressions religieuses pour une révision, modernisation, etc... de la laïcité; preuve que l'Etat serait prêt à céder par des compromis, le rapport Machelon: Les relations des cultes avec les pouvoirs publics, dont on conseille vivement la lecture. ( La Documentation française )
Ainsi sous le couvert de la recherche d’un « nationalisme », et d’une « identité française », Nicolas Sarkozy, poursuit sa politique de déstabilisation de ce principe de coexistence à l’intérieur du pays, qu’est le principe de laïcité, afin de réintroduire – c’est manifeste dans tous ces discours depuis Latran – le religieux dans l’espace public et de favoriser le communautarisme.
Si les partis républicains, les associations, les mouvements, si tous ceux qui ne pensent et n’agissent que parce qu’ils se reconnaissent dans la République laïque, ne réagissent pas en se démarquant nettement de la politique menée, il est fort à craindre qu’un jour prochain on pourrait avoir à la tête de notre cher pays un prince-président d’une République judéo-chrétienne de France.
Quand Carla Bruni annonce au nom de la France, un don de trois millions deux cent mille euros, pour la réfection d'une église de l'Aquila (AFP - le 10 juillet 2009, 16h42), je ne peux que me poser quelques questions.
Est-ce conforme à la loi française de 1905 (séparation des églises et de l'état)?
Je serais d'accord pour venir en aide à des sinistrés, pour reconstruire leurs maisons, les aider à relancer leur économie, mais je ne vois pas pourquoi il faudrait payer la reconstruction d'un lieu de culte d'un pays étranger. Faut-il aussi reconstruire les mosquées en Irak ou en Afganistan?
Une fois de plus nos chers medias officiels sont très discrets sur cette anonce scandaleuse!
Mots clés : loi de 1905, Carla Bruni, don, église de l'Aquila
Chacun a pu écouter, lire et voir le président des Etats-Unis lors de ses visites au Proche-Orient et en Europe, notamment en France pour le commémoration du Débarquement allié.
On reste quelque peu frappé de stupeur tant par sa présence, sa gestuelle, son éloquence très dans le style rhéteur, prédicateur en chaire, que par le contenu de ses déclarations, émaillées en permanence de références à Dieu et aux religions, mais où jamais la raison n’intervient.
Ainsi lance-t-il « Je suis chrétien », ou désigne-t-il le Caire comme « ville éternelle », ou encore cite-t-il la Bible, le Coran et le Talmud pour annoncer enfin que « les peuples du monde peuvent vivre ensemble en paix, nous savons que c’est la vision de Dieu. »
Pour nous républicains laïques ce jargon est insupportable et on comprend mieux l’énorme trésor de liberté que les républicains français de 1905 nous ont légué en classant définitivement les religions comme affaire privée par rapport à l’ Etat.
Mais l’inquiétude demeure car une fois encore cette loi risque d’être remise en question. Il n’est qu’à voir l’attitude d’acquiescement du président Sarkozy lorsque son « ami le président Obama » précisa sa façon de voir les relations entre religion et Etat : « De manière générale je considère que la manière la plus efficace de s’y prendre pour intégrer les gens de toutes les religions, c’est de ne pas réprimer leurs traditions et leurs coutumes, mais plutôt de leur donner la possibilité de participer de manière pleine et entière à la vie du pays. » Opinion qu’il avait déjà annoncée au Caire en exigeant « des occidentaux qu’ils évitent d’empêcher leurs citoyens musulmans de pratiquer leur religion comment ils l’entendent – par exemple en dictant la manière dont une musulmane doit s’habiller. On ne peut pas déguiser l’hostilité à l’égard d'une religion sous le couvert du libéralisme. »
L’observation à faire de la part du chef de l’ Etat français eût été de préciser aussitôt que dans son pays on n’empêche nul croyant de pratiquer sa religion ni de s’habiller comme il le désire, mais que cela a une limite fixée par les lois du 9 décembre 1905 et du 15 mars 2004. Ce qu’il n’a pas fait ; une fois encore il a failli à sa fonction.
C’est pourquoi il nous appartient de prendre toute initiative pour mettre en garde quiconque, de quelque manière que ce soit, tenterait de porter atteinte à cette liberté qui est la base de toute coexistence.
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Article paru le 11 mai 2009 dans le journal L'Humanité ( Extrait )
Henri Pena-Ruiz : « la laïcité ne peut se dissocier de la justice sociale »
Le philosophe estime que la laïcité est un idéal d’émancipation universel. Son combat acharné pour une République sociale et laïque le conduit à soutenir le Front de gauche pour le 7 juin.
Vous êtes régulièrement invité à vous exprimer sur la laïcité dans des rencontres publiques. Ce sujet continue-t-il à intéresser, à passionner les citoyens ?
Henri Pena-Ruiz. Depuis 2005, date de la célébration du centenaire de loi de séparation de l’Église et de l’État, les débats sont récurrents sur ce sujet. Il refait surface avec le retour en force des fanatismes politico-religieux dans le monde, bien que certains estiment que ce débat appartient à la IIIe République et serait donc dépassé. En fait, la laïcité a souffert du fait qu’elle semblait acquise, comme l’est l’école publique. Tout le monde savait plus ou moins de quoi il s’agissait, sans pour autant qu’elle soit explicitée. Au point qu’elle fut parfois amalgamée à l’hostilité envers les religions, ce qui est évidemment le principal contresens à éviter. Ne confondons pas les luttes historiques nécessaires à l’avènement d’un idéal et le sens profond de cet idéal. La laïcité ne combat pas la conviction religieuse elle-même, mais le fait qu’elle soit érigée en référence obligatoire.
Pourquoi les débats sur la laïcité reviennent-ils sur le devant de la scène ?
Henri Pena-Ruiz.Nous vivons une époque paradoxale : jamais notre monde n’a disposé d’autant de moyens d’accomplissement universel sur le plan scientifique et technique. Les moyens existent pour nourrir toute la population du globe et lui permettre de vivre décemment. Or la figure du capitalisme mondialisé est productrice de chômage, de déshérence, de désespérance. Avec l’échec des alternatives à ce système, les citoyens considèrent que nous sommes dans une impasse face à ce capitalisme qui se prétend indépassable. Dans ce contexte ressurgit un besoin de religiosité, un besoin de compensation. Les fanatismes politico-religieux en tirent profit.
L’emprise du religieux sur le politique a-t-elle pris une nouvelle dimension en Europe ?
Henri Pena-Ruiz. L’exemple thatchérien est assez éloquent sur la façon dont les capitalistes entendent gérer le désastre causé par leurs politiques. Mme Thatcher a méthodiquement brisé le prolétariat britannique et les grandes conquêtes de la classe ouvrière. Elle a désimpliqué l’État de ses missions sociales, surtout dans les banlieues. Simultanément, elle a encouragé les associations religieuses de quartiers à prendre le relais de l’État. Elle a réactivé le religieux sur le mode caritatif, remplaçant ainsi la justice sociale par la charité.
Le religieux reprend du poil de la bête, sur le mode d’une nouvelle revendication de reconnaissance publique. Quand Nicolas Sarkozy encourage les religieux à rétablir la paix dans les banlieues, il reprend le couplage thatchérien entre un monde inhumain livré à l’ultralibéralisme et la compensation caritative.
Vous estimez, en tant que marxiste, que la laïcité et l’égalité sont les leviers de l’émancipation. Ils ne peuvent donc pas, selon vous, se concevoir séparément ?
Henri Pena-Ruiz. Je n’ai jamais dissocié la laïcité comme idéal politique de la justice sociale comme idéal socio-économique. Je ne veux pas que la laïcité acquière le statut d’une référence purement abstraite laissant intacts les ressorts de l’exploitation, à l’image dcertaine conception des droits de l’homme. Marx montre que la liberté, celle du chômeur en fin de droits par exemple, est tellement encadrée par les contraintes socio-économiques qu’elle est finalement fictive. Je suis fidèle à la pensée de Marx sur ce point. Je lutte pour la laïcité car j’ai conscience qu’elle est un levier pour l’émancipation. Mais je tiens à son indispensable couplage avec la justice sociale. Sans cette dernière, nous restons prisonniers des rapports socio-économiques. Il faut s'interroger sur la recherche, par certains, d’une sorte de fantasme d’affirmation identitaire. Cette recherche renvoie, fondamentalement, à une situation de détresse. Pour Marx, la religion peut servir d’opium du peuple, de supplément d’âme d’un monde sans âme. Sa conclusion est qu’il faut lutter non pas contre la religion, mais contre ce monde sans âme qui suscite le besoin de cette religion compensatoire.
Vous soutenez que la laïcité est un « idéal d’émancipation universel ». Qu’entendez-vous par là ?
Henri Pena-Ruiz. Je ne crois pas que la laïcité soit une particularité culturelle. La culture, au sens émancipateur, ce n’est pas la soumission servile à une tradition, mais la capacité d’assumer celle-ci de façon éclairée. Ce qui implique distance et recul critique. Pour être traditionnelle, la soumission de la femme à l’homme n’en est pas moins inacceptable. Cessons de penser que l’universel se construit par simple « métissage » de civilisations, sans égard pour ce qui est vrai et juste en chacune d’elles. L’universalité ne se pose pas en termes géographiques ou culturels. Tout peuple devrait vivre selon les principes de la laïcité, qui sont la liberté de conscience, l’égalité de traitement de tous les citoyens quelles que soient leurs convictions spirituelles, et l’action universelle de la puissance publique. Liberté authentique, fondée sur l’autonomie de jugement, égalité des droits, rendue crédible par la justice sociale et internationale, se conjugueraient alors grâce à l’émancipation laïque des sociétés comme des personnes. Un tel idéal n’est le produit d’aucune civilisation particulière.
En quoi la laïcité est-elle un levier pour la liberté des femmes, notamment dans les pays où le poids de la religion pèse lourdement ?
Henri Pena-Ruiz. Les trois livres, la Torah, la Bible et le Coran, sont tous d’accord pour inférioriser les femmes. Les trois ont intériorisé la domination masculine propre aux sociétés patriarcales de l’époque. Quoique théoriquement inspirées par Dieu, les trois religions monothéistes codifient la hiérarchie des sexes et la sacralisent. De deux choses l’une : ou bien ces références religieuses oppressives doivent être relativisées par l’évocation du contexte historique et social qui les a déterminées ; ou bien on décide de considérer que de tels textes doivent s’appliquer aujourd’hui sans égard à leur contexte d’origine. De ce point de vue, la laïcité est très précieuse. Elle ne combat pas la foi mais le processus qui consiste à dicter la loi à partir de la foi. Elle affirme qu’une religion historiquement déterminée n’a aucune légitimité à dicter la loi commune. En ce sens, la laïcité est un levier pour l’émancipation féminine.