XWIIIème Printemps des Poètes

samedi 5 mars 2016
par  Atheïsme International

XWIIIème Printemps des Poètes

A un moment où
la relation entre celui qui est bénéficiaire d’un travail
et celui qui met sa force de travail physique et intellectuelle
à sa disposition
est remise en question
c’est-à-dire le droit du travail,
cela au détriment de 18 millions de salariés pour le seul profit du grand patronat, il nous a semblé opportun de rappeler en ce « Printemps des Poètes » un poème-colère de Jacques Prévert dédié justement à la lutte nécessaire des travailleurs pour le respect de leurs droits contre leurs employeurs-exploiteurs soutenus, dans leur sales calculs, par les autorités gouvernementales fussent-elles socialistes ou social-réformistes comme c’est le cas aujourd’hui.

Citroën

Á la porte des maisons closes
C’est une petite lueur qui luit
Quelque chose de faiblard, de discret
Une petite lanterne, un quiquet.
Mais sur Paris endormi
Une grande lumière grimpe sur la tour
Une lumière toute crue.
C’est la lanterne du bordel capitaliste,
Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit.

Citroën ! Citroën !

C’est le nom d’un petit homme,
Un petit homme avec des chiffres dans la tête,
Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon,
Un petit homme qui ne connaît qu’une seule chanson,
Toujours la même.

Bénéfices nets…
Millions… Millions…

Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond,
500 voitures, 600 voitures par jour.
Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions…

Bénéfices nets…
Millions… Millions…Citron… Citron

Et le voilà qui se promène à Deauville,
Le voilà à Cannes qui sort du Casino

Le voilà à Nice qui fait le beau
Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair,
Beau temps aujourd’hui ! Le voilà qui se promène qui prend l’air,

Il prend l’air des ouvriers, il leur prend l’air, le temps, la vie
Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l’atelier,
Ses poumons abîmés par le sable et les acides, il lui refuse
Une bouteille de lait. Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre,
Une bouteille de lait ?
Il n’est pas laitier… Il est Citroën.
Il a son nom sur la tour, il a des colonels sous ses ordres.
Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions.
Des journalistes mangent dans sa main.
Le préfet de police rampe sous son paillasson.

Citron ?… Citron ?… Millions… Millions…

Et si le chiffre d’affaires vient à baisser, pour que malgré tout
Les bénéfices ne diminuent pas, il suffit d’augmenter la cadence et de
Baisser les salaires des ouvriers

Baisser les salaires

Mais ceux qu’on a trop longtemps tondus en caniches,
Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup
Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer,
Pour faire la grève…
La grève…

Vive la grève !

Jacques Prévert

Chœur parlé « Citroën » donné par le Groupe Octobre en 1933

Le 7 mars 1933 à 12h20 les ouvriers de chez Citroën constatèrent une diminution de leurs salaires sans avoir été informés par la direction.

A 14h30 c’est la grève. C’est à cette époque que Citroën faisait sa publicité sur la tour Eiffel. Ce n’est qu’en mai que les usines retrouveront une activité normale.


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